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Posted by durand On mai - 9 - 2011ADD COMMENTS

Photos du festival de Cannes

Chez Traverso, on est photographe de père en fils (et en fille) depuis quatre générations. Et comme on est cannois, on s’est spécialisé dans les vedettes. Mais avec une certaine âme. Petite exploration des souvenirs de Gilles Traverso, digne héritier au charme gouailleur, et personnage respecté du célèbre festival de cinéma.

Dans le bain photographique « Mon arrière grand-père a créé son entreprise de photographe en 1919, avant la naissance du festival. Mais il tirait déjà le portrait de toute l’aristocratie, des peintres, des gens du monde du théâtre qui fréquentaient Cannes. En 39, quand il a appris que Louis Lumière venait pour un festival, il est allé le photographier. Et puis le festival a repris après la guerre, et il a envoyé son fils – mon père, donc, qui avait 16 ans à l’époque – faire des prises de vues de Clark Gable, Eroll Flynn, Michèle Morgan… Mon père lui-même a commencé à me faire travailler comme apprenti en guise de job d’été, quand j’avais 14 ans. Je me suis vraiment lancé avec lui à 18 ans, en apprenant tout sur le terrain. » Le festival où la photo est star « C’est la seule manifestation au monde, je crois, où les photographes peuvent apparaître sur la photo de la star sans que cela gêne. On me demande même parfois de me mettre dans le champ pour que ça fasse plus “Cannes”. Nous sommes nous aussi des acteurs du festival. Au début, le festival durait trois semaines, les acteurs venaient y passer quatre ou cinq jours, et les photographes étaient rois car il n’y avait pas de télévision. On pouvait imaginer aller faire des prises de vues sur la plage, faire des mises en scène: sur la plage, Claudia Cardinale et Luchino Visconti avec un guépard, ou Liz Taylor en maillot prenant une douche. Une fois, mon père et quelques confrères sont allés prendre des images de Grace Kelly et à la fin, elle a dit : « Bon, on a fini ? Allez, on pose les appareils, on va au café, je vous offre à boire ! » Il y a deux ans, j’ai voulu emmener Andie McDowell sur la Croisette faire quelques photos : en une minute, nous étions cernés par des centaines de gens avec leur appareil ou leur téléphone… Ça devient plus compliqué de ce côté-là. Mais je ne suis pas nostalgique. Souvent, les acteurs ne restent que 24 heures, mais la plupart jouent notre jeu pendant le “photo call”. Tarantino a même fait une petite chorégraphie l’année dernière. » Bardot et Loren, les copines de Traverso père « Mon père adorait Sophia Loren. Il se débrouillait toujours pour être là où elle allait, et pour la prendre en photo. Ils s’aimaient bien avec Michèle Morgan aussi, elle lui disait « Henri, attendez-moi », elle allait piquer une rondelle de citron au serveur, et s’en collait deux gouttes dans les yeux pour qu’ils ressortent sur la photo. Il y avait aussi Brigitte Bardot : il l’a prise en photo plusieurs fois (dès l’époque où elle n’était encore qu’une starlette peu connue, ndlr). Une fois, il lui avait demandé de courir sur la Croisette en faisant virevolter sa robe, ça a fait de très belles images qui sont parmi les préférées de mon père. A force, il a fini par la connaître. Plus tard, quand elle s’est mariée avec Vadim à Saint-Tropez, il y est allé, mais il est arrivé en retard. Elle l’a reçu chez elle, et tous les deux ont bu des coups pendant quelques heures avant l’arrivée de Vadim. Et puis, les jeunes mariés ont posé pour mon père. Ces photos tournent en ce moment un peu partout dans le cadre de la grosse exposition sur Bardot. » Moreau et Fonda, les copines de Traverso fils « Un jour, j’avais 17 ans, mon père m’envoie au Carlton pour prendre Jane Fonda en photo. J’étais vraiment content et excité. Mais c’était périlleux, parce qu’on travaillait à l’argentique 12 poses, on n’avait pas intérêt à se foirer ! Ça s’est bien passé, du coup j’étais fier ! Plusieurs décennies plus tard, il n’y a pas longtemps, je travaillais pour l’Oréal, et on me demande de la suivre toute une journée. Elle parle français, alors on discute, je lui raconte comment j’ai fait mes débuts avec elle, elle se marre. Le soir même, elle remettait la Palme d’or sur scène. Je lui avais dit où je serais dans la salle, un peu sur le côté à droite. Au moment où elle remet la Palme, elle se tourne vers moi avec un grand sourire en entraînant le lauréat à me regarder aussi. C’est une sacrée bonne femme. Il y a Jeanne Moreau, aussi. J’étais à Paris, parce que j’avais été invité à participer à l’émission de Bernard Pivot, Bouillon de culture, pour la première édition de mon livre de photos du festival. Je me liquéfiais de trouille dans les coulisses. Jeanne Moreau est à côté de moi, elle me regarde et me dit : « Ne vous inquiétez pas, y a que Lelouch et moi comme invités, et on est très bavards. Vous n’aurez qu’à répondre à quelques questions parce qu’il ne restera pas beaucoup de temps. » On en a reparlé à Cannes, où je l’ai photographiée plusieurs fois, c’est resté un bon souvenir. » Le cas Adjani « L’année où tous les photographes ont posé leur boîtier sur le tapis quand Isabelle Adjani montait les marches (en 1983, car ils jugeaient que l’actrice n’était pas coopérative avec la profession, ndlr), je me suis senti obligé de le faire aussi, mais franchement, ça ne m’a pas plu. Le truc, c’est qu’elle, c’est une écorchée vive, et agoraphobe, donc c’est dur pour elle de venir à Cannes. Mais quelques années après, comme on voulait la mettre en couverture du livre, on l’a appelée. Elle était ravie, elle nous a remerciés. Cette année-là, elle était présidente du jury à Cannes, et il y a eu une petite réception à laquelle trois photographes, dont moi, étaient invités. Elle arrive, je vais la saluer, je me présente, et elle me dit : « Oh, vous dites bonjour avant de prendre des photos, c’est sympa, vous êtes normal. » Et on a fait des photos super. » Les actrices, des gens comme les autres « Ingrid Bergman, à l’époque, venait directement à l’agence pour nous acheter des photos qu’on avait prises d’elle. Elle disait : « On se fait toujours mitrailler, mais on ne voit jamais les photos après. » Il m’arrive aussi d’envoyer les séries aux actrices que je connais un peu, comme Michelle Yeoh. Elles sont très contentes parce qu’elles sont comme tout le monde, elles aiment bien avoir des souvenirs ! » 150 000 photos « A force de prendre des photos de père en fils, j’ai environ 150 000 photos en archives. Nous avons toujours été indépendants, vendant souvent nos clichés à des titres de la presse locale comme “Nice Matin”, ou à des clients privés qui nous embauchent. On m’appelle pour des actus : par exemple, là, comme De Niro est président, on me prend des archives avec lui. Je fais aussi tourner des expos. C’est en montant la première, à Cannes, que j’ai été repéré par Serge Toubiana (ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, actuel di recteur de la Cinémathèque française, ndlr). Il est venu me voir en disant qu’avec un tel trésor, il fallait absolument faire un livre ! C’est vrai qu’à Cannes, on sait qui nous sommes. Je connais tous les directeurs d’hôtels, donc c’est facile pour moi d’y accéder quand d’autres ne peuvent pas. Et même certaines actrices me laissent faire, parce qu’elles savent que je ne suis pas en agence, et qu’elles ne risquent pas de se retrouver en couverture d’un journal people avec un verre à la main et un titre du genre “Elle a recommencé à boire”. »

Posted by durand On mai - 15 - 2010ADD COMMENTS

Cannes 2010

Qu’importe les tempêtes, les volcans, les marées noires et la crise financière : quelques bons films, un tapis rouge, et Cannes repart ! Voici l’essentiel de ce 63e Festival.

Cette année plus que jamais, le Festival de Cannes a décidé de s’arrêter, le temps de quelques films, pour regarder le monde qui nous entoure, et qui ne tourne pas toujours très rond. Des favelas de Rio vues par cinq cinéastes différents dans 5 x favela por nos mesmos à la crise des subprimes avec Inside Job, en passant par l’influence du virtuel sur la jeunesse avec L’Autre Monde où Louise Bourgoin (encore elle), en adepte de jeux vidéo, entraîne un adolescent dans son suicide programmé, les maux de notre société seront épinglés sur l’écran. Avec peut-être l’espoir de leur trouver quelques remèdes, mais surtout avec la volonté de témoigner de la richesse du cinéma, comme le souligne Thierry Frémaux, le sélectionneur du festival : « C’est toujours une bonne nouvelle de savoir que dans tous les pays le cinéma reste vivant, que des longs-métrages sortent et viennent jusqu’à nous, et que le cinéma mondial ne se résume pas à un dialogue Europe-Amérique, mais continue d’être un art planétaire. »

Robin sort du bois

Mais en plus de son ouverture à 360° sur le monde et ses cinéastes, Cannes ne serait pas Cannes sans ce mélange de sérieux et de glamour appliqué depuis des années. Une recette dont la composition du jury est la parfaite illustration. Ainsi, derrière le populaire Tim Burton qui le présidera cette année, on trouve du sérieux avec l’écrivain Emmanuel Carrère, du lyrique avec le compositeur réputé Alexandre Desplat (Un prophète), mais aussi bien évidemment du glamour susceptible de faire crépiter tous les flashes à chaque montée des marches, avec les actrices Giovanna Mezzogiorno (Juste un baiser) et Kate Beckinsale (Underworld), ou le charismatique acteur Benicio Del Toro. Une propension au glamour et au populaire qui se retrouve dans le choix stratégique du traditionnel film d’ouverture, puisque cette année Robin des bois, à savoir Russell Crowe en personne, sortira de sa forêt pour affronter cette jungle urbaine qu’est la Croisette, dont la sauvagerie n’a rien à envier aux bois de Sherwood. Pour la clôture, place à la douceur avec Charlotte Gainsbourg en héroïne de The Tree de Julie Bertuccelli. Mais pour faire encore plus chic tout en gardant cette aura choc capable d’agiter tous les “clic-clac” des photographes, rien de tel que le choix en compétition de Fair Game de Doug Liman, avec Sean Penn et Naomi Watts, ou l’histoire (vraie) d’un ex-ambassadeur et de sa femme agent de la CIA en lutte contre l’administration Bush et ses soi-disant armes de destruction massive. Autre film intello-glam, Biutiful d’Alejandro González Iñárritu (21 grammes, Babel ), avec le non moins biutiful Javier Bardem dans le rôle d’un père en marge de la société. Et du côté des surprises destinées à allécher la Croisette, on se régale déjà de découvrir hors compétition Wall Street-L’arlivre gent ne dort jamais, la suite de Wall Street d’Oliver Stone, avec toujours Michael Douglas dans le rôle de Gordon Gekko, et Shia LaBoeuf dans celui du jeune loup aux dents longues. Un retour prometteur du Machiavel de la bourse qui, depuis sa prison, continue ses malversations. Mais lorsqu’on voit comment le personnage a inspiré certains de nos experts financiers, il y a de quoi avoir peur pour de vrai…

Et la France dans tout ça ?

Pays organisateur oblige, la France se taille la part du lion avec pas moins de trois films en compétition, dont Des hommes et des dieux dans lequel Xavier Beauvois raconte le terrible massacre des moines de Tibhirine, en Algérie en 1996. Ambiance moins dramatique dans Tournée de et avec Mathieu Amalric, qui narre ici les exploits d’une troupe de strip-teaseuses “burlesques” et de leur tourneur. Enfin, une belle surprise et un cinéaste de poids : Bertrand Tavernier, dont c’est le grand retour après son prix de la mise en scène en 1984 pour Un dimanche à la campagne. Il présentera La Princesse de Montpensier, adaptation du roman de Madame de Lafayette. Et puis, autre surprise, mais hors compétition celle-là, le biopic sur Carlos ! Pas le récit de la vie du chanteur de Papayou, mais de celle du terroriste homonyme, dont Olivier Assayas vient de tirer une minisérie de 5 h 30 pour Canal+ et pour la Croisette. Mais Cannes ne serait pas Cannes sans ses “abonnés”, ces cinéastes, qui avant de nous faire prendre un ticket de ciné pour leur film, reçoivent régulièrement leur propre ticket pour le présenter à Cannes. C’est le cas de l’éternel Woody Allen qui viendra montrer You Will Meet a Tall Dark Stranger, ou les problèmes de coeur d’une famille londonienne, avec Naomi Watts et Anthony Hopkins. Mais toujours hors compétition, alors qu’il est rare qu’un cinéaste se permette le luxe de refuser systématiquement de concourir. Abbas Kiarostami, lui, a accepté, et revient, après sa Palme d’or en 1997 pour Le Goût de la cerise, avec Copie conforme, une réflexion sur l’art et la copie. Dans le rôle principal, Juliette Binoche, qui prête aussi son image cette année à l’affiche du festival. Eternel abonné, mais dans la catégorie carte Vermeil cette fois, on trouve encore à Un certain regard le sémillant Manoel De Oliveira et son Etrange Affaire Angélica. Du haut de ses 101 ans et demi, le maître portugais prouve que les cinéastes, eux, n’ont pas à s’inquiéter de leur régime de retraite. Autre habitué au retour remarqué, le pape du Palais des festivals, Jean-Luc Godard en personne, toujours à la pointe du cinéma pointu avec son quasi expérimental Film socialisme. Tout aussi expérimental, mais plus imprononçable, Uncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul, le réalisateur thaïlandais de Tropical Malady, de retour avec une histoire de fantômes réincarnés en singes. D’ailleurs, c’est peut-être après l’avoir visionné que le réalisateur Hong Sangsoo (déjà deux fois sélectionné) a décidé de baptiser son film Ha ha ha. Malgré son ouverture sur le monde et ses recettes efficaces, le cru Cannes 2010, cépage mûri au soleil pâlichon d’un monde qui l’est tout autant, affiche moins de stars et de films phares que les années précédentes. Il aura sans doute bien besoin de la folie de son échevelé président Tim Burton pour donner un peu de couleur et de vie au palmarès cette année.

Festival international du film de Cannes, du 12 au 23 mai.
www.festival-cannes.fr.